Édouard Joachim Corbière, dit Tristan Corbière, est né le 18 juillet 1845 au manoir de Coat-Congar en Betagne. Né de l'union d'Edouard Corbière et d'Angélique Aspasie Puyo que 33 ans séparent ; lorqu'il nait son père est agé de 52 ans, et sa mère de 19.

Après une enfance passée sans histoire dans le manoir du Launay, Tristan est envoyé en pension au lycée impérial de Saint-Bieuc (il alors a 14 ans), période très douloureuse pour le jeune Corbière ; c'est à cette époque qu'il commence à souffrir du rhumatisme articulaire qui lui gâchera l'existence et qui aura raison de lui. A cause de l'aggravation de son état de santé, il doit quitter Saint-Brieuc pour rejoindre son oncle médecin établi à Nantes, l'année suivante. Il entre donc au lycée de Nantes en qualité d'externe. Deux ans plus tard, son état de santé l'oblige à cesser ses études. Commence alors une vie de marginal ; il voyage dans le sud de la France, où il lit les oeuvres de Hugo, de Baudelaire, de Musset. Il s'installe à Roscoff dans une maison que ses parents possèdent. Ls habitants du village le surnomment "l'ankou", c'est-à-dire le spectre de la mort, en raison de sa maigreur et de son allure disloquée. Il aime à prendre la mer sur son bateau, le Négrier (titre du plus célèbre roman de son père) et se livre à quelques excentricités. Il s'amuse un jour à se déguiser en forçat, en femme ou en mendiant, l'autre à se raser les sourcils ou bien encore, alors qu'il est en visite à Rome, à traîner un porc en laisse déguisé en évêque lors du carnaval auquel assiste le Pape ! C'est ainsi que s'écoulent ses jours, jusqu'à sa rencontre avec une petite actrice parisienne que Corbière se plaît à appeler Marcelle, de son vrai nom Armida Josefina Cuchiani ; elle devient sa muse.

Délaissant son prénom d'état-civil, Edouard, pour prendre celui, plus évocateur, de Tristan, il fait paraître à compte d'auteur en 1873 son unique recueil de poèmes, Les Amours jaunes qui passe inaperçu. Corbière, qui ne connut aucun succès de son vivant, sera révélé de manière posthume par Verlaine qui lui consacre un chapitre de son essai Les Poètes maudits (1883). Le recueil se trouve également en bonne place dans la bibliothèque élitiste de des Esseintes, le héros d'A Rebours : cette présence dans l'oeuvre de Huysmans contribuera à faire connaître le poète au public.

Tristan Corbière a puisé dans les légendes bretonnes, s'est inspiré des gens qu'il côtoyait, peignant la foule se pressant aux pardons de Sainte-Anne-la-Palud, défendant son pays, la Bretagne, avec une voix souvent puissante et contenue. Il s'est aussi fait le défenseur engagé des conscrits bretons oubliés dans des conditions de grand dénuement dans le camp militaire de Conlie (Sarthe) en 1870. Le poète qui rêvait d'être marin ne put satisfaire son désir de courir les mers, mais il aima la mer comme un fou.

Corbière meurt à Morlaix le 1er mars 1875. Il n'a pas trente ans et n'a connu qu'une vie de solitude, brève et misérable, constamment atteint dans sa chair par la maladie, malheureux en amour, englué dans une passion unique et sordide (sans doute, au figuré, la mer fut-elle sa véritable épouse).

Le temps a rendu le poète à la lumière, et reconnu, bien tard, son immense talent. Le pavillon du génie flotte aujourd'hui sur ses Amours jaunes.

Le nom des Amours jaunes, son unique recueil, a été donné à la bibliothèque publique ancienne de Morlaix.